Une vidéo d'un échange de tirs circule sur les réseaux sociaux depuis le 20 avril, décrite par des internautes comme ayant été filmée au palais présidentiel tchadien le soir de l'annonce de la mort du président Idriss Déby. Cependant, cette vidéo a été filmée en Irak en 2020, lors d'affrontements entre deux clans. Elle avait déjà fait l'objet de vérifications par l’AFP Factuel l'année dernière et n'a aucun lien avec les évènements qui se déroulent au Tchad actuellement. 

Une pluie de tirs dans un ciel noir, filmée depuis un parking. Selon des publications qui partagent la vidéo, il s'agirait "d'échanges de coups de feu" autour du palais présidentiel à N’Djaména, la capitale tchadienne. La vidéo de 30 secondes a circulé sur plusieurs pages Facebook (1,2,3,4), Twitter (1,2) et Instagram (1,2,3,4,5,6) depuis le 20 avril. 



Cependant, les publications les plus virales ont rapidement été supprimées, et certains internautes ont fait part de leurs doutes et ont passé des appels sur Twitter (1,2) pour avoir plus d’informations. 



Mort du président tchadien et transition politique contestée

Ces interrogations s'inscrivent dans un contexte agité par l'annonce de la mort du président Idriss Déby. Il est décédé à 68 ans des suites de blessures après avoir combattu aux côtés de son armée contre les rebelles dans le nord du pays, d'après les communiqués officiels. La veille de l'annonce de sa mort, il était donné vainqueur de l'élection présidentielle à 79,32%. 

Le Tchad, dirigé pendant 30 ans par le père, passe désormais sous la gouvernance du fils : Mahamat Idriss Déby, général quatre étoiles de 37 ans, a été nommé à la tête d'un conseil militaire chargé de remplacer le président tchadien. 

Le conseil, composé de 15 généraux connus pour être dans le cercle des plus fidèles de l'ex-chef de l’État, a dissout l'Assemblée nationale ainsi que le gouvernement. Déby fils occupe désormais "les fonctions de Président de la République, de Chef de l'État et de Chef suprême des armées", selon la charte de transition, publiée le 21 avril.



Une trentaine de partis d'opposition tchadiens ont dénoncé mercredi "un coup d'Etat institutionnel", et ont appelé "à l'instauration d'une transition dirigée par les civils (...) à travers un dialogue inclusif". L'opposition a aussi appelé à "ne pas obéir aux décisions illégales, illégitimes et irrégulières prises par le CMT, notamment la charte de la transition et le couvre-feu" comme décrit dans cette dépêche AFP du 21 avril.

Les rebelles du Front pour l'alternance et la concorde au Tchad (FACT), qui mènent depuis onze jours une offensive depuis la Libye contre le régime tchadien, ont promis de marcher sur N'Djamena et ont rejeté "catégoriquement" ce conseil militaire. "Nous comptons poursuivre l'offensive", a assuré le 20 avril Kingabé Ogouzeimi de Tapol, porte-parole du FACT.

Vidéo filmée en Irak

Cependant, ces désaccords autour de l'avenir de la gouvernance du Tchad n'ont pas mené à un échange de tirs autour du palais présidentiel tels que les internautes qui ont partagé la vidéo l’affirment. 

En effet, ce n'est pas la première fois que cette vidéo circule sur internet. En novembre 2020, elle avait déjà fait l'objet de vérifications des journalistes de l’AFP Factuel en arabe. Elle a été filmée en Irak et n'a aucun lien avec l'actualité tchadienne. 


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