Une vidéo en mode portrait de 2,07 secondes montrant des exactions sur des individus a créé des émeutes à Abidjan dans plusieurs quartiers. Cette vidéo partagée dans des groupes Whatsapp a appelé les "Ivoiriens à partager pour voir comment des migrants sont traités par leurs frères nigériens". D’autres sur des groupes "invitent à partager la vidéo pour montrer les sévices de Nigériens sur des ressortissants ivoiriens"





Partagée plus d’une centaine de fois, la même publication est devenue virale au point de susciter l’indignation chez une partie de la population abidjanaise, notamment à Abobo. Mais la légende rapporte-t-elle la vraie histoire derrière cette vidéo ? Apres vérification, il s’avère que cette vidéo n’a été pas tournée au Niger, mais plutôt au Nigéria. De plus, il ne s’agit pas de ressortissants ivoiriens maltraités au Niger. Plusieurs éléments attestent cette version.

 

Une première vérification a consisté à faire des captures d’écran de la vidéo reçue via Whatsapp. A partir des captures, il a été procédé à une recherche inversée d’images avec l’outil Google Images. La recherche a conduit à une vidéo sur YouTube avec pour titre : ‘’ Fulani Bandits Caught by Nigerian Soldiers in Niger State after Attempting to Kidnap Army Passengers’’




La vidéo a été postée sur la chaîne YouTube le 17 mars 2021 par un certain Abdallah Uthman. Nous avons recherché ce nom dans le moteur de recherche de Facebook. Sur les différents résultats obtenus, un profil attire tout de suite l’attention.  Ce Abdallah Uthman travaille au sein de l’Armée de l’Air nigériane (Nigerian Air Force Base, Kaduna) en témoigne les insignes sur son treillis et les informations de son profil facebook.

 


Pour aller plus, nous avons recherché à partir du titre de la vidéo YouTube, des éléments qui pourraient mieux éclairer davantage. Nous retrouvons un petit article sur le site https://abujareporters.com.ng/ qui semble donner plus de détails avec la vidéo de Abdallah Uthman en illustration.



Traduction

"Des ravisseurs peuls tombent par erreur sur des soldats patrouillant à mufti dans l'Etat du Niger, voir ce qui s'est passé suivant dans cette vidéo. Des ravisseurs peuls, des criminels appelés bandits, ont été arrêtés dans l'État du Niger après que des membres de l'armée nigériane se sont déguisés en passagers dans un bus utilisé pour patrouiller dans ses zones dangereuses. Les ravisseurs sont sortis de la brousse comme d'habitude pour attaquer et kidnapper les passagers. Ils ne savaient pas qu’ils avaient affaire à des soldats. Malheureusement pour eux et heureusement pour nous, amoureux de paix et de tranquillité, ils ont tous été arrêtés". Cet article a été posté le 18 mars 2021, au lendemain de la vidéo.  

 

Un lien donc très étroit entre celui qui a posté la vidéo, le lieu et les acteurs, à savoir des soldats de l’Armée nigériane. Cela montre manifestement que cette vidéo vient bel et bien du Nigeria et probablement tournée par le soldat qui l’a pas posté sur sa chaine.


 

 

Autre élément à noter, c’est un détail sur la vidéo. On peut observer un panonceau qui apparait souvent à gauche de l’image, on peut lire : ‘’Slow Down Check Point Ahead. Operation Safe Heaven’’ 


Traduction 

‘’Ralentir, devant un poste de contrôle. "Operation Safe Heaven". Cette inscription en Anglais, nous situe déjà dans un espace anglophone. Il ne peut donc pas s’agir du Niger, pays francophone, voisin du Nigeria.

 

D’après des recherches sur Google avec les mots-clés « Operation Safe Heaven », on retrouve des informations ramenant au nom d’une opération de maintien de la paix dans l'État du Plateau au Nigeria. "Operation Safe Heaven" est en effet une force multitâche créée en 2010, chargée de la sécurité des personnes et des biens dans le Plateau de Jos, Bauchi et certaines parties du sud de Kaduna.  Elle est composée de l'Armée, la Marine et l'Armée de l'Air, la Police, le Corps nigérian de Sécurité et de Défense civile (NSCDC) et le département de la sécurité de l'État (DSS).

 

Un autre détail à considérer, c’est l’uniforme du soldat en train de battre les individus ligotés. Il est un élément clé pour comprendre qu’il s’agit de soldat du Nigeria. Après des recherches avec le mot-clé "Nigeria Army Uniform", on retrouve des articles 1, 2  de soldats nigérians ayant une tenue similaire à celle du soldat qui punit les individus capturés.